La Grande Arche de la Défense : le rêve inachevé d’un architecte danois

Ce monument est l’un des grands projets lancés par le président François Mitterrand. À la surprise générale, le concours fut remporté par un architecte danois alors totalement inconnu en France comme sur la scène internationale.
La Grande Arche de la Défense : le rêve inachevé d’un architecte danois
la Grande Arche de la Défense Unsplash

De tout temps, les chefs d’État, qu’ils soient présidents, rois ou même pharaons, ont cherché à laisser leur empreinte dans l’histoire à travers la construction de monuments ou de bâtiments emblématiques. Paris ne fait pas exception. Georges Pompidou a ainsi été à l’origine du célèbre centre d’art contemporain qui porte son nom, tandis que Jacques Chirac a impulsé la création du musée du Quai Branly, conçu par l’architecte Jean Nouvel.

François Mitterrand, quant à lui, est à l’origine de la bibliothèque qui porte aujourd’hui son nom et qui abrite une partie de la Bibliothèque nationale de France. Mais ce n’est pas le seul grand projet architectural porté par l’ancien président socialiste. On lui doit également un autre monument emblématique de la capitale : la Grande Arche de la Défense, cet imposant cube de béton ouvert sur le ciel, situé à l’ouest de Paris.

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L’histoire singulière de sa construction est aujourd’hui racontée au cinéma. Dans son film L’Inconnu de la Grande Arche, le réalisateur Stéphane Demoustier retrace les coulisses de ce chantier hors norme, marqué par de nombreux obstacles. À l’époque, le choix de l’architecte chargé de concevoir le monument avait suscité la surprise : le Danois Johan Otto von Spreckelsen était alors quasiment inconnu en France, et même relativement peu connu dans son propre pays.

En 1983, le gouvernement français lance l’un des plus importants concours internationaux d’architecture de l’époque. De nombreux cabinets français et étrangers y participent, parmi lesquels figurent des noms prestigieux. Pourtant, contre toute attente, c’est le projet de Johan Otto von Spreckelsen qui est retenu. Cet architecte danois, totalement inconnu en France, n’a alors à son actif que quelques réalisations dans son pays : sa propre maison et trois églises.

Le journal Le Monde le décrit d’ailleurs comme « un professionnel inconnu sur la scène internationale ».

Le film s’inspire du livre La Grande Arche, de Laurence Cossé, qui relate plusieurs anecdotes étonnantes autour de cette aventure architecturale. L’une d’elles, également reprise à l’écran, raconte qu’après l’annonce des résultats du concours, les organisateurs eurent toutes les peines du monde à retrouver le lauréat. Ils durent finalement se rendre au Danemark, où ils le découvrirent en train de pêcher avec son épouse au bord d’un lac.

Malgré son manque de notoriété, son projet de cube ouvert de près de 111 mètres de haut séduit immédiatement François Mitterrand. Une relation de confiance s’installe alors entre le président et l’architecte, qui se prolongera tout au long de leur collaboration sur ce chantier monumental.

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Un monument sur l’axe historique de Paris

Plusieurs présidents avaient déjà envisagé de marquer l’axe historique de Paris, également appelé « voie royale », qui relie notamment l’Arc de Triomphe à l’obélisque de la place de la Concorde, par la construction d’un monument d’envergure. Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing avaient notamment tenté de concrétiser cette ambition, mais c’est finalement François Mitterrand qui y parvient avec le projet Tête Défense.

Plus de 400 projets venus du monde entier sont soumis au concours. Le jury en retient quatre, qui sont ensuite présentés au président de la République. François Mitterrand choisit finalement la proposition de l’architecte danois.

Le règlement du concours prévoit toutefois que, si le lauréat est étranger, il doit obligatoirement s’associer à une équipe technique française pour mener à bien le projet. Cette exigence provoque l’un des premiers désaccords entre l’architecte et l’administration française. Comme le montre le film, Johan Otto von Spreckelsen aurait préféré travailler avec des équipes de son pays.

Contraint de se conformer à cette règle, il finit par confier la responsabilité de la construction à Paul Andreu, avec lequel les relations seront parfois tendues tout au long du chantier.

Les travaux, réalisés par l’entreprise Bouygues, débutent en 1985 et mobilisent près de 2 000 personnes.

La Grande Arche de la Défense : le rêve inachevé d’un architecte danois
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Le choix des matériaux constitue l’un des premiers obstacles. L’architecte danois souhaite initialement habiller le cube de panneaux de verre collé, mais la réglementation française n’autorise pas l’utilisation de ce matériau pour le revêtement des façades. Il faut donc trouver une autre solution.

Le film met également en lumière les tensions autour du budget. Alors que les responsables de l’administration française insistent sur la nécessité de respecter les coûts prévus, cette question semble beaucoup moins préoccuper l’architecte. Il se rend même dans la région de Carrare, dans le nord de l’Italie, à la recherche d’un marbre d’une qualité exceptionnelle, capable de donner au monument une blancheur éclatante. Ce choix provoque de nouvelles tensions avec Paul Andreu, qui finit par acheter un marbre moins coûteux.

Sans trop dévoiler l’intrigue du film, le chantier monumental connaît un nouveau coup dur après les élections législatives de 1986 et l’arrivée de Jacques Chirac à Matignon. Ce changement politique entraîne la suppression du financement de l’État pour les travaux.

La Grande Arche ne pourra donc plus être réalisée exactement comme Johan Otto von Spreckelsen l’avait imaginée. Déçu par l'évolution du projet, l’architecte préfère se retirer et présente sa démission. Il meurt avant d’avoir pu voir son œuvre achevée.

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