Tout semblait idyllique. Un appartement au cœur de Paris. Vue imprenable sur la tour Eiffel, à deux pas du Champ-de-Mars. Transports à proximité. Un petit coin de paradis dans la capitale. Du rêve au cauchemar, il n’y a qu’un pas. Arrivés devant l’immeuble, les touristes découvrent que l’appartement réservé n’existe pas.
Plusieurs médias se sont fait l’écho des mésaventures de ces vacanciers. Désormais, l’Europe s’intéresse de près au sujet. La Commission européenne a ouvert une procédure formelle le 21 octobre contre Booking. Une procédure qui ne préjuge pas de son issue, précise-t-elle.
De Paris à Rome, des arnaques en série. Bruxelles hausse le ton
« Les Européens doivent pouvoir réserver leurs vacances sans craindre d’être arnaqués », a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique. Objectif : Booking fait-il assez pour éviter les arnaques et protéger ses clients ?
Nouveau ? Pas vraiment. En septembre 2025 et en mai 2026, la Commission avait déjà demandé des informations à la plateforme néerlandaise. L’Union européenne n’a donc pas attendu les dernières affaires pour se plonger dans le sujet. La France n’est pas la seule concernée. À Madrid comme à Rome, des offres de logements inexistants ont aussi été signalées.
Dans le viseur : les logements inexistants, donc, mais aussi les usurpations d’identité et les offres d’hébergement non conformes. L’exécutif européen veut également savoir si Booking retire assez vite les fausses annonces pour éviter que d’autres vacanciers tombent dans le panneau.
Des réservations réelles, des paiements frauduleux
Pas besoin, d’ailleurs, d’inventer un appartement pour piéger les voyageurs. Autre volet examiné par Bruxelles : les arnaques où des escrocs se font passer pour l’hébergeur et réclament un paiement supplémentaire aux clients. La Commission examine les informations de réservation transmises aux hébergeurs, mais aussi la messagerie du site. L’Union européenne veut voir si Booking protège assez ces données pour que les escrocs ne mettent pas la main dessus.
Autre point qui coince : les annonces “boostées”. Certains hébergeurs versent une commission plus élevée à Booking pour apparaître plus haut dans les résultats. Le voyageur le sait-il ? « Les utilisateurs devraient pouvoir reconnaître clairement » qu’il s’agit de publicités, estime l’exécutif européen
Booking se défend
« La sécurité, la confiance et la protection des données personnelles sont des priorités absolues », assure l’entreprise. Pour lutter contre la fraude, elle dit travailler avec les gouvernements, les autorités de régulation, les forces de l’ordre et les acteurs du secteur.
« Le Prestataire de service est seul responsable de l’Expérience de voyage », indique par ailleurs la plateforme dans ses conditions générales. Les informations sur les hébergements sont fournies par ceux qui les proposent. L’entreprise précise même que sa plateforme ne constitue pas une recommandation ou une approbation des hébergeurs.
Intouchable, donc ? Pas si vite. Ses conditions générales écartent sa responsabilité pour les erreurs ou les informations manquantes, mais seulement « dans la mesure permise par la loi ». Et elles ne la limitent pas en cas de « négligence grave ». Booking a-t-il vérifié l’annonce avant de la publier ? Et une fois prévenu, combien de temps a-t-il mis à la retirer ? La plateforme va devoir s’en expliquer.
Une amende qui pourrait peser lourd
« Nous devons nous assurer que la principale plateforme de réservation en Europe prend ces responsabilités au sérieux », insiste Henna Virkkunen. Combien risque Booking ? Dans les textes : jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires mondial annuel, si des infractions sont établies. Sa maison mère a encaissé 26,9 milliards de dollars en 2025. Le calcul est donc vite fait : l’addition pourrait grimper autour de 1,6 milliard de dollars. Sur le papier en tout cas. Mais on n’en est pas là.
L’enquête ne fait que commencer. Bruxelles a plusieurs outils en main. Booking aussi. La plateforme peut proposer des engagements pour rectifier le tir. Prochaine étape : convaincre la Commission.





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