Immeuble cherche locataire. La grue géante surplombe encore la silhouette pointue qui se dresse dans le prolongement de la rue de Vaugirard. Coincée entre le boulevard périphérique et les immeubles du XVe arrondissement de Paris, la tour Triangle s’élève là. Verrue dans le paysage pour les uns, chef-d’œuvre pour les autres, elle divise riverains comme amoureux d’architecture. Derrière les verrières, la capitale s’agite : ces 70 000 m² de bureaux trouveront-ils preneurs ?
Un chantier à 700 millions d’euros
La livraison est prévue pour le printemps 2027. Autant dire demain. Alors on s’affaire. URW, le promoteur, a aménagé un étage témoin au 22e étage, rapporte Le Parisien. Au menu : fauteuils disposés en cercle, table haute de bar, salles de réunion vitrées.
Dessinée par les architectes suisses Herzog & de Meuron, auteurs, entre autres, de la Tate Modern de Londres, la tour Triangle culmine à 180 mètres. Avec ses 42 étages, c’est le troisième édifice le plus haut de Paris, derrière la tour Eiffel et la tour Montparnasse. Sur la façade nord, les terrasses se succèdent. Au total, l’édifice compte 91 000 m², dont 70 000 de bureaux. Coût total estimé : 700 millions d’euros. L’un des plus gros chantiers immobiliers parisiens du siècle.
Le pire moment pour livrer
Sauf que la tour Triangle se heurte à la réalité de l’époque : celle où les bureaux n’ont plus la cote. L’avènement du télétravail est passé par là, bien aidé par la crise du secteur.
Selon Immostat, 6,59 millions de m² de bureaux étaient immédiatement disponibles fin septembre 2026 en Île-de-France, en hausse de 8 % sur un an. La vacance ne faiblit pas. Comprendre : l’offre ne manque pas, c’est la demande.
Faire du bureau une destination
Forcément, la réalité se fracasse sur les baies vitrées. Résultat : on cherche des solutions. Pas question d’être passif. Les promoteurs de la tour, eux, misent sur la mixité. Un simple immeuble rempli de bureaux ? Pas vraiment. Ici, on trouve : un hôtel de 128 chambres avec bar et restaurant au 13e étage, une crèche, un centre de santé, un centre culturel, des commerces de proximité et, au sommet, Summit, l’observatoire immersif de la tour new-yorkaise One Vanderbilt, qui s’exporte ici pour la première fois. Sans oublier le plus grand local à vélos de Paris, 1 200 places. Rien que ça. L’emplacement aussi est mis en avant : la porte de Versailles et son parc des expositions, qui draine sept millions de visiteurs par an.
Cet argumentaire, URW l’a détaillé en mars dernier dans les colonnes des Echos. « Désormais en concurrence avec la maison, il faut qu’on s’y sente aussi bien que chez soi, expliquait Solène Poisson, directrice générale gestion d’actifs bureaux et projets à usage mixte d’URW. On n’y vient plus seulement pour accomplir ses tâches professionnelles, mais aussi pour vivre une expérience et partager des moments avec ses collègues…»
Une exemplarité débattue
Alors pour « vendre », on utilise tous les stratagèmes. L’argument écolo n’est jamais très loin. Au menu : une consommation énergétique annoncée 3,3 fois inférieure à la moyenne du parc tertiaire existant, une façade bloquant 90 % de la chaleur solaire, un site déjà artificialisé, 90 % d’acier recyclé. Du propre, en somme.
Suffisant ? Pas forcément. La contestation, elle, ne s'est jamais éteinte. Près de vingt ans après les premiers débats, les mêmes critiques pleuvent. « Un monstre énergivore de 15 000 tonnes de béton, de verre et d'acier », dénonçait déjà l'an passé Philippe Goujon, maire (LR) du XVe arrondissement. Une parole qui trouve écho jusque chez les écolos du conseil de Paris
La tour Triangle au révélateur
Le plan local d’urbanisme de Paris, qui limite désormais les constructions à 37 mètres, a tranché pour l’avenir : Triangle est un projet d’un autre temps. S’y ajoute une ombre : une information judiciaire pour « favoritisme », ouverte en 2022 après une enquête du Parquet national financier sur la concession du parc des Expositions.
Retour en 2026. Le chantier s’achève, pas les questions qu’il charrie : qui s’installera ici ? Aucune entreprise n’a signé. On assure que la commercialisation suit le calendrier prévu. Le temps presse pourtant.





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