Immobilier d'entreprise : un rebond en trompe-l'œil au 2e trimestre

6,6 milliards d'euros investis au premier semestre, mais un record de bureaux vides en Île-de-France. Un marché à deux vitesses.
6,6 milliards d'euros investis au premier semestre, mais un record de bureaux vides en Île-de-France. Un marché à deux vitesses.
Pierre Blaché Pexels

Le constat est sans appel : sur le papier, la reprise est spectaculaire. Selon ImmoStat, environ 4,6 milliards d'euros ont été investis en immobilier d'entreprise en France au deuxième trimestre 2026, portant le total du semestre à 6,6 milliards d'euros, soit une hausse de 9% sur un an. Le chemin parcouru est notable après un début d'année catastrophique, marqué par à peine 1,9 milliard d'euros engagés au premier trimestre (-48%), soit le pire démarrage depuis la crise financière, dans un contexte géopolitique et énergétique tendu lié au conflit au Moyen-Orient. Dans le détail, le nombre de transactions chute de 25% sur le semestre, signe d'un marché encore sous tension.

À première vue, tout irait donc pour le mieux. Mais l'honnêteté commande de rappeler qu'une opération hors norme s'est déroulée : la vente du portefeuille industriel Proudreed au fonds américain Blackstone, pour 2,3 milliards d'euros et près de 500 actifs. À elle seule, l'opération représente 35% des volumes du premier semestre 2026. Sans elle, le marché recule de 29% sur un an, selon JLL, l'un des leaders mondiaux de l'investissement en immobilier d'entreprise. C'est alors un tout autre panorama qui se dessine : le segment des bureaux recule de 22% sur un an et ne pèse plus que 29% des volumes nationaux, contre 41% un an plus tôt. Bref, l'arbre qui cache la forêt.

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Dans un communiqué du 6 juillet, Stephan von Barczy, directeur du département Investissement de JLL, résume la situation : « Le marché sait se mobiliser pour des actifs exceptionnels. En revanche, sur le marché courant, nous observons à nouveau une vraie difficulté à trouver un accord de prix entre acquéreurs et vendeurs. »

Un record de bureaux vides en Île-de-France

Car sur le terrain, la situation est tout autre. Fin juin, l'Île-de-France comptait 6,57 millions de mètres carrés de bureaux immédiatement disponibles, un plus haut historique. La progression atteint 240 000 m² en un seul trimestre. Paris intra-muros concentre 1,5 million de m² d'offre disponible, en hausse de 8% en trois mois. Cushman & Wakefield affine les données ImmoStat : le quartier central des affaires bondit de 20%, le secteur Centre Ouest de 13%.

La demande ne suit pas et les bureaux vides s'accumulent. 750 000 mètres carrés ont été placés au premier semestre (-5% sur un an), pour un taux de vacance désormais supérieur à 10%. Les loyers affichés ne reflètent plus la réalité des transactions : selon les dernières données ImmoStat, publiées au premier trimestre, les remises consenties aux locataires, sous forme de mois de loyer offerts ou de travaux pris en charge, atteignent 30,4% en moyenne, jusqu'à 40% à La Défense. Un niveau qui traduit un ajustement des valeurs encore largement inachevé.

Que faire alors des bureaux obsolètes que la reprise ne résorbera pas ? La question est éminemment politique. Les investisseurs se concentrent sur les immeubles récents et bien situés, condamnant une partie du parc de seconde main à la décote ou au changement d'usage. Une fracture du marché qui tend à s'installer durablement. À l'heure où le gouvernement cherche des solutions pour le logement, la transformation des bureaux, notamment en Île-de-France, apparaît comme une piste évidente. Elle est d’ailleurs dans le projet de loi de Jeanbrun. Les mesures de simplification en discussion au Parlement pourraient, si elles sont adoptées, faciliter ces conversions.

En attendant, les investisseurs ont déjà trouvé la parade. Ils se redéploient là où les perspectives sont les plus lisibles. Tandis que les acteurs étrangers ciblent encore la France avec prudence, une partie des fonds hexagonaux prend la direction de marchés jugés plus porteurs, comme le note JLL. Si cette tendance se confirme, l'avenir des millions de mètres carrés vacants dépendra moins du marché que de la capacité des pouvoirs publics à adapter rapidement les règles du jeu.

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