Elle est toujours là et personne ne sait encore ce qu'elle deviendra. Les bureaux sont vides. Impossible de monter sur la terrasse, en haut de l'édifice. Fermée. Le 23 septembre a sonné un autre coup d'arrêt. Les copropriétaires ont dit non au lancement des travaux. Plus de dix ans de réunions, d'études et de plans viennent de buter sur un chiffre : 800 millions d'euros.
Un projet « aux oubliettes »
Mercredi, les copropriétaires avaient une décision précise à prendre : signer le marché du désamiantage, du curage et du retrait d'une partie de la façade. Plus de 76 % des voix se sont prononcées contre. Un coup d'arrêt, puisque cette étape devait ouvrir la voie à une rénovation plus profonde de la tour.
En l'état actuel, le projet est « aux oubliettes », déplore auprès de l'AFP Frédéric Lemos, ancien président du conseil syndical de l'immeuble et copropriétaire. Remisé, pour le moment, le projet qui devait donner une seconde jeunesse à la tour : un hôtel, des commerces, une serre au sommet et une nouvelle façade.
La promesse avait de quoi séduire. Mais la réalité du prix l'a rattrapée. Au départ, en 2017, la rénovation devait coûter un peu plus de 300 millions d'euros. Les années ont passé. La facture, elle, a gonflé : près de 800 millions d'euros aujourd'hui.
Quand l'addition fait tomber le projet
Si la nécessité de moderniser l'édifice est largement partagée, les copropriétaires ne s'accordent ni sur la manière de faire, ni sur la somme à poser sur la table.
LFPI, le principal copropriétaire, détient environ 30 % de la tour. En juillet, ce gestionnaire d'actifs a changé de position. Il soutenait le projet, mais l'explosion de la facture et des désaccords sur des échanges de surfaces entre propriétaires l'ont conduit à défendre une rénovation moins chère.
L'été devait permettre de renouer le dialogue. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, avait même réuni les principaux copropriétaires fin juillet. Cela n'a pas suffi. À l'approche du vote, LFPI n'était plus seul : la MGEN et Axa s'opposaient aussi au projet.
Trente-quatre façons de compter
L'histoire de la rénovation de la tour Montparnasse raconte aussi celle des copropriétés. Celles où les discussions s'enveniment parfois pour un simple ravalement de façade ou des travaux dans un ascenseur. Dans le cas de la tour, le désamiantage d'un gratte-ciel, le sort de ses façades et l'avenir de ses bureaux cristallisent les désaccords. Quelques centaines de millions de plus en bas de la page et c'est tout le projet qui s'écroule.
D'autant que l'édifice n'appartient ni à la mairie de Paris ni à un grand groupe. Il est partagé entre 34 copropriétaires. Autant de points de vue à concilier. Certains veulent investir pour transformer la tour, d'autres défendent une rénovation plus légère. À ce prix-là, plus d'un a fini par décrocher.
Reste-t-il une porte ouverte ?
Frédéric Lemos, Xavier Niel et deux autres copropriétaires ne veulent pas en rester là. Dans un communiqué publié après le vote, ils disent ne pas vouloir « se résigner à enterrer la tour Montparnasse ».
Ils demandent désormais à revoir tout le monde : copropriétaires, partenaires financiers, pouvoirs publics. Objectif affiché : « examiner toutes les solutions permettant de transformer la Tour Montparnasse ». Un nouveau conseil syndical a aussi vu le jour. Il veut retravailler le projet et déposer un nouveau permis. Pour l'heure, ni projet chiffré, ni nouvelle enveloppe, ni calendrier. Juste l'envie de remettre la discussion sur la table.
Le permis, lui, n'attend pas
Le permis de construire expire le 26 novembre. Sans lancement des travaux d'ici là, les propriétaires devront en déposer un nouveau. À la clé, des mois, peut-être des années, avant de revoir la tour changer de visage.
Une rénovation moins ambitieuse reste possible. C'est d’ailleurs ce que défend LFPI. Mais il faudra trouver un accord sur les travaux à conserver, leur coût et la part que chacun est prêt à payer. Les copropriétaires viennent de refuser le lancement d'un chantier à 800 millions d'euros. Ils n'ont pas encore décidé par quoi le remplacer.





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